The Florida Project ou l’Enfer du décor par Gérard Bouhot

Aux Portes du Paradis Disney vit ou plutôt tente de survivre une population de déclassés, de laissés pour compte du système socio-économique impitoyable des USA. Le cauchemar au bord du rêve en quelque sorte…L’entrée en enfer est cependant adoucie par la musique de Kool – cool comme la mère ? – and the Gang – la bande des enfants ? -…

Moonee, petite souris, charmante gamine sous son air dévergondé, experte en 400 coups, n’a pas son pareil pour entraîner sa petite bande du motel fraîchement repeint, bande composée de Scoot, puis de Janey, dans des exploits relevant plus de l’espièglerie que de la délinquance ordinaire. Cracher depuis le 1er étage sur un pare-brise de voiture, baisser le compteur électrique de l’établissement, et quelques autres facéties destinées à occuper son temps en montrant aux adultes qu’on ne compte pas que pour du beurre.

Le film de Sean baker suit la voie royale de son précédent «Tangerine» : sucré et plein de pépins. Il est vrai qu’on rit devant les «incivilités» de ces enfants qu’on aimerait pourtant pas compter dans sa progéniture. Mais le rire s’estompe assez rapidement lorsque se dévoile peu à peu le personnage de la mère de Moonee, Halley, qui confond allègrement les rôles de mère de grande soeur et de copine, Son caractère irascible, sa tenue indécente, son langage cru, ses tatouages outranciers, tout concourt à faire d’elle un piètre modèle éducatif. Et pourtant, sous son comportement déglingué, on perçoit un amour maternel indéniable.

On se prend alors à penser que Moonee n’est qu’une victime de plus de cette misère sociale qui gangrène les milieux populaires américains. Les dialogues empreints le plus souvent de grossièreté, voire de violence, tant de la part de Moonee qui est à bonne – où plutôt mauvaise – école, que de sa mère, sont le reflet d’une révolte qui n’ose pas dire son nom.

Une situation déchirante que les services sociaux dépêchés sur place suite au Péril en la demeure, ne feront qu’exaspérer…A force de tirer sur la corde, elle finit par se rompre. L’enfance de Moonee s’arrêtera-t-elle aux Portes du Paradis ?

Outre la performance de l’Effrontée, la jeune Brooklyn Prince, haute comme trois golden, on ne peut passer sous silence celle de Bria Vinaite qui porte la rébellion et le désespoir à bout de bras. Quant au gardien du temple, Willem Dafoe, dans le rôle du gérant du motel, on sent que le vertueux sergent de Platoon n’a rien perdu de son côté humain.

Gérard BOUHOT
AT Martinique
Evreux
8/12/17

 

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