Réaction sur Austime, le petit chasseur de fantome

 

Mon frère et les fantômes

Ceci ne sera pas une critique, mais un hommage à mon frère auquel j’ai beaucoup pensé tout au long de la projection du film Autisme : le petit chasseur de fantôme de Mickey Mahut et Laurent Kouchner. Mon frère aussi, comme Tom, le fils du réalisateur, manipulait un objet pendant des heures pour se calmer, un petit objet métallique destiné à tasser le tabac au fond d’une pipe. Lui aussi pouvait être submergé par le stress et céder à la violence. Mais au contraire du petit Tom, mon frère n’a jamais parlé, son retard mental était très important – autant que l’on pouvait en juger -, on l’a placé sous camisole chimique toute sa vie afin de rendre ses angoisses supportables, il n’avait pas d’« intérêt spécifique » auquel se consacrer passionnément, et il ne s’est jamais intégré à la société. Pendant son enfance, on ne prenait pas en charge l’autisme comme aujourd’hui. C’est un immense chagrin d’imaginer que s’il était né cinquante ans plus tard, on aurait peut-être su lui donner les moyens de communiquer davantage et de sortir de son enfermement. Pourtant je n’oublie pas qu’il était capable de regarder bien en face, avec une incroyable intensité, ceux qui lui accordaient de l’attention; je n’oublie pas qu’il adorait tenir les mains de mes parents, mes courageux parents qui l’ont tellement aimé. Si mon frère cherchait des fantômes, c’était à l’intérieur de lui-même, dans une contrée mystérieuse qui nous était inaccessible. Hommage à toi, mon frère François, mon frère fantôme qui me hante tendrement.

Cathy Delon

 

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